Bienvenue sur ce site, dédié au village de Coursegoules, son Histoire et celle de ses habitants.
Il est destiné à enrichir les informations et illustrations contenues dans les ouvrages "Coursegoules, Histoire et histoires" (Éditions Serre, 2021) et "Coursegoules, le temps des veillées" (Éditions Serre, 1983) des mêmes auteurs.
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Histoire
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Alexandre Grimaldi, Premier Consul de Coursegoules
On retrouve la présence des Grimaldi à Coursegoules dès 1695, avec le notable Jean‑Henry de Grimaldi, issu de la branche d’Antibes. Il faudra toutefois attendre 1735 pour voir cette famille accéder à la tête du village.
À cette époque, sous Louis XIV, la fonction de maire était une charge payante. Elle devint ensuite éligible et prit la dénomination de Premier Consul, responsable de l’administration du village et de la collecte des impôts.
En 1735, Alexandre Grimaldi, petit‑fils du marquis de Grimaldi de Cagnes et membre de la branche Antibes‑Cagnes, allié à la famille de Villeneuve, derniers seigneurs de Coursegoules, fut élu Premier Consul du village.
Le 7 août 1742, il y célébra son mariage avec Marianne Isnard.
LA PRÉSENCE DES GRIMALDI À COURSEGOULES
Fiche d'imposition de la famille Grimaldi d'Antibes
Durant le XVIIIème siècle, Coursegoules était un bourg prospère et dynamique, reconnu comme ville royale depuis 1636. La population comptait huit cent cinquante habitants, et une grande diversité de métiers y prospérait : propriétaires et cultivateurs, bûcherons, ferronniers, cabaretiers, maçons, tisserands, maréchaux-ferrants, savetiers, fourniers chargés de la cuisson du pain, facteurs, marchand de tabac, ainsi que des professions administratives telles qu’huissier, notaire et Juge Royal.
Coursegoules au XVIIIème siècle
Marie-Christine Grimaldi, épouse Honoré Alziary de Roquefort
Geneviève, fille de Marie-Christine de Grimaldi d’Antibes-Cagnes et d’Antoine Gazagnaire, bourgeois de Coursegoules, résidait dans le village et assista à la fête de mariage. Lors du bal, elle rencontra Honoré Alziary, originaire de Saint-Paul-de-Vence, qui deviendra son époux.
Geneviève possédait une demeure cossue dans le village, ainsi que des propriétés au lieu-dit l’Autreville et divers biens, « jas, preds, et grainier » en avance d’hoirie de Pierre Focachon à Bezaudun. La puissance de la famille Grimaldi lui vaudra d’être quelques temps dame de compagnie de la reine Marie Leszczynska, épouse de Louis XV.
Sa maison bourgeoise, située sur les remparts du village, et avec vue sur ses terres, aurait appartenu à Diane de Poitiers, qui l’aurait reçue en héritage sans jamais y résider. Geneviève resta fidèle à sa maison de Coursegoules, partageant sa vie entre Saint-Paul-les-Vence et Coursegoules, consacrée à sa famille.
Le mariage avec Honoré Alziary de Roquefort coseigneur de Roquefort et conseiller du Roi, fut célébré le 26 novembre 1743. Leur fille aînée, Marie-Pauline Christine, naquit juste après à Coursegoules.

L'acte de mariage d'Honoré Alziary de Roquefort et Marie-Geneviève Gazagnaire
Les sœurs Saint-Val : Marie-Pauline et Marie-Blanche Alziary de Roquefort
Honoré et Marie-Christine eurent sept enfants à Coursegoules, parmi lesquels Marie-Pauline et Marie-Blanche Alziary de Roquefort, qui devinrent célèbres à la Comédie française sous les noms de Saint Val ainée et Saint Val cadette.
Ces petites-filles Grimaldi, nées à Coursegoules, jouirent d’une notoriété comparable à celle de Rachel ou de Sarah Bernhardt à leur époque et eurent une vie extraordinaire auprès de Marie-Antoinette, Voltaire, ou Beaumarchais. Marie-Blanche, fut propriétaire de l’île Saint-Honorat à Lérins, pendant vingt ans. Elle y retrouva un temps le peintre Fragonard.

Acte de naissance de Marie-Pauline Alziary de Roquefort

La maison de Diane de Poitiers à Coursegoules
À suivre...
Chronologie essentielle
1636 - Coursegoules reconnu comme ville royale.
1735 - Élection d’Alexandre Grimaldi comme Premier Consul.
7 août 1742 - Mariage d’Alexandre Grimaldi et Marianne Isnard.
26 novembre 1743 - Mariage de Marie‑Christine Grimaldi et Honoré Alziary.
1752 - Honoré Alziary devient avocat à Aix‑en‑Provence.
Fin XVIIIᵉ siècle - Les sœurs Saint‑Val font carrière à la Comédie‑Française.
Après 1789 - Disparition progressive des Grimaldi de la vie municipale.
En bref
Coursegoules, bourg prospère et ville royale au XVIIIᵉ siècle, voit l’ascension locale de la branche Grimaldi d’Antibes‑Cagnes. Si on constate la présence des Grimaldi avec Jean-Henry de Grimaldy de la maison d’Antibes Cagnes, imposé en 1695 à Coursegoules, Alexandre Grimaldi devient Premier Consul du village en 1735, sa famille, dont Marie-Christine, s’allie aux Isnard et Gazagnaire, et des descendantes, les sœurs Alziary de Roquefort (dites Saint‑Val), atteignent une renommée théâtrale internationale. Après la Révolution, la trace politique directe des Grimaldi s’efface au profit des familles alliées.
Après la Révolution, les familles alliées par mariage d’Isnard et de Gazagnaire prirent la succession à la mairie, marquant ainsi la suite de l’empreinte des Grimaldi sur la vie du village.
Des pierres et des hommes :
la chapelle des Pénitents blancs de Coursegoules
« Les beaux bâtisseurs de pierres mortes ne sont pas écrits dans mon livre de vie. Je ne bâtis que pierres vives, ce sont hommes » écrivait Rabelais.
(Le Tiers Livre, 1546)
La chapelle des Pénitents blancs occupe une place centrale dans le patrimoine architectural et humain de Coursegoules. À l’origine, elle était un château fort édifié au XIIIe siècle, puis reconstruit au XIVe siècle et restauré au siècle suivant. L’inscription « 1677 » gravée sur la chaîne d’angle ouest marque probablement sa transformation en chapelle des Pénitents, survenue après l’agrandissement de l’église du village en 1658. Son nom complet, « Chapelle de Pénitents Notre-Dame-de-Pitié », souligne sa vocation religieuse et communautaire. Vers 1848, l’horloge publique fut installée dans une tour accolée, surmontée d’un campanile de type grassois, affirmant l’autorité séculière sur le temps, jusqu’alors géré par l’église. La tour dut être consolidée en 1890, après le tremblement de terre de 1887. Les pierres taillées à sa base proviennent de celles inutilisées lors de la construction du pont sur la Cagne, extraites de la carrière de Camp Reu, vérifiées au gabarit en bois par un contremaître. Les pierres jugées non conformes (!) furent acheminées au village avec une « luge » tirée par des bœufs.
La citerne du château, alimentée par la source de Viriou, fut longtemps le seul point d’eau du village, dont la sortie est encore visible rue de la Clastre, en face de la rue du four.
Après une période d’abandon, la chapelle fut réhabilitée en salle d’exposition, puis transformée en salle polyvalente en 1985, avec la pose d’une dalle béton à l’intérieur. Elle a successivement accueilli le « cercle » puis le comité des fêtes.
Introduction : la chapelle des Pénitents blancs, témoin de l’histoire de Coursegoules

I. Historique du château et de la chapelle
La première mention du « castrum » de Coursegoules date de 1225. L’emplacement actuel fut probablement choisi entre 1224 et 1231, lors des conflits entre la noblesse locale et Romée de Villeneuve. En 1233, Romée de Villeneuve reçoit une partie de Coursegoules de l’évêque de Vence. Le château et le fief demeurent aux Villeneuve de Vence jusqu’en 1620, année où Coursegoules devient ville royale, bien que cette famille soit encore citée comme seigneurs du village en 1642.
À la fin du XIVe siècle, commence la construction d’un logis, aujourd’hui seul vestige partiellement conservé du château. Il fut modifié à la fin du XVe siècle pour le rendre plus habitable. Des changements architecturaux tels que l’abandon des meurtrières, la création de jours rectangulaires et l’installation d’une nouvelle porte, probablement derrière l’actuelle tour de l’horloge, caractérisent cette période. Par la suite, le château ne subit plus de transformation majeure. Une portion importante de l’enceinte, parfois attribuée aux Guerres de Religion, témoigne davantage d’une réfection du village que d’une modernisation du château.
En 1642, le château devient dépendant de la couronne, perd son utilité, et son logis principal est transformé en chapelle des Pénitents, probablement en 1677, comme l’indique la date gravée sur la chaîne d’angle ouest, et au moment de l’agrandissement de l’église paroissiale. Cette affectation est confirmée en 1683 lors de la première mention de la chapelle. En 1705, une visite pastorale atteste que la confrérie est dédiée à Notre-Dame de Pitié. L’horloge publique y fut installée vers 1850, et la chapelle fut transformée en salle polyvalente en 1985.

Les vestiges de l'enceinte du château prolongent la façade nord de la chapelle à l'ouest...

...et à l'est
II. Description architecturale
L’élévation orientale
Le bâtiment est fondé sur un socle rocheux taillé, partiellement visible. Sur la majeure partie de sa hauteur, il présente des assises de pierres travaillées au marteau. À mi-hauteur, une série d’au moins huit meurtrières, hautes d’environ 1,25 mètre et larges de 4 à 7 centimètres, sont régulièrement espacées, avec une base située à trois mètres du sol actuel. Ces meurtrières furent ultérieurement obstruées par l’ouverture de trois petits jours, puis de deux fenêtres hautes et étroites à double ébrasement. La partie méridionale est désormais masquée par la tour de l’horloge, dont la base est constituée des pierres du pont de la Cagne, surmontée d’un campanile en ferronnerie.
L’élévation méridionale
L’élévation méridionale est plus hétérogène. Le tiers central se caractérise par des pierres à face éclatée au marteau mêlées à des remplois de pierres dressées à l’aiguille. Le reste du parement est en blocage. Une porte, une niche et une fenêtre se superposent sur l’axe de cette façade. La porte, similaire à celles du village, témoigne probablement d’un simple remploi. À l’angle ouest, une pierre porte l’inscription : D[?]OI - 1677 / H.S.P.


III. Les Pénitents blancs de Coursegoules
La confrérie des Pénitents blancs de Coursegoules, fondée sous l’égide de l’évêché de Fréjus, jouait un rôle essentiel d’entraide matérielle et spirituelle auprès des plus démunis et organisait la vie communautaire à travers des rituels, un règlement strict et une structure hiérarchisée. Les membres, reconnaissables à leur habit distinctif, étaient élus lors de cérémonies annuelles et devaient remplir diverses charges, participer aux processions et offices. La confrérie s’ouvrit exceptionnellement à une branche féminine au XIXe siècle avant de disparaître au début du XXe siècle.

Organisation et rôle de la confrérie
Chaque lundi de Pâques, le nouveau Prieur de la confrérie des Pénitents Blancs était élu. La chapelle servait de lieu de réunion à cette association caritative indépendante. Les pénitents portaient un « sac » à manches longues, une ceinture de corde et une cagoule masquant le visage, symbole d’humilité et d’égalité entre « frères ». Ils possédaient également de grands chapelets en bois achetés à Laghet, dont certaines familles de Coursegoules conservent encore des exemplaires. À leur décès, ils pouvaient être enterrés avec leur habit.
Comme ailleurs, la confrérie regroupait des laïcs sous la surveillance de l’autorité religieuse, Coursegoules relevant de l’évêché de Fréjus. La confrérie œuvrait en faveur des plus démunis, assurant une aide matérielle et spirituelle, première forme de mutualisme et de coopération locale. Elle fut suffisamment prospère pour bâtir la chapelle en 1677 sur l’emplacement de l’ancien château des Villeneuve.
La confrérie fut abolie une première fois en 1792, après la révolution française. Elle renaît au XIXe siècle et s’enrichit d’une branche féminine, rare à l’époque, avant de disparaître au début du XXe siècle, affaiblie par les lois de séparation de l’Église et de l’État. Les archives, conservées par les prieurs, incluent règlements et registres des membres.

Exemple de règlement
En 1875, le Prieur transmit à l’évêché de Fréjus le règlement des « associés ». Les principaux articles stipulaient que les frères devaient assister à toutes les processions et enterrements, remplir les charges confiées par la confrérie, et que le prieur était élu pour un an, à la majorité des voix, le soir du jeudi saint. Il désignait ensuite un sous-prieur, un trésorier, quatre choristes et quatre « magaliers » chargés des ornements lors des processions, aucune charge ne pouvant être refusée.
Après le décès d’un frère, le prieur chantait l’office « au corps présent ». Le sous-prieur tenait un registre des absences et des plaintes. Tous les frères devaient rester à leur place à la fin de la cérémonie pour répondre à l’appel de leur nom, assurant ainsi l’anonymat sous la cagoule. Chaque année, tous versaient un franc au trésorier. Les choristes devaient assister à tous les offices sous peine d’amende. Le conseil, composé du prieur, sous-prieur, trésorier et choristes, se réunissait deux fois par an, à Pâques et en décembre, pour examiner les contraventions. Le prieur détenait les clefs de la chapelle et assurait les sonneries lors des événements de la confrérie.
Les signataires du règlement représentaient les familles Aron, Fouques, Gazagnaire, Guizol, Maunier, Mouton, Rodes et Tombarel.

Les sœurs pénitentes
La confrérie de Coursegoules comprenait également une branche féminine, rare à l’époque. Un document recense quatre-vingts femmes du village affiliées à la confrérie, permettant d’identifier les familles locales au XVIIIe siècle : André, Audibert, Audoul, Blanc, Bourelly, Baraille, Camatte, Cavalier, Chabert, Chadoine, Charrier, Flory, Fouques, Funel, Gasquet, Gazagnaire, Guirard, Guizol, Isnard, Issert, Laugier, Manuel, Marie, Masséna, Maunier, Merle, Méro, Meste, Meunier, Michel, Moutet, Mouton, Raybaud, Revelon, Rode, Roma, Rosoli, Rostan, Rue, Sgeouti, Teisseire, Tombarel, Vial.
IV. Une histoire contemporaine
Un maître verrier à Coursegoules
Lucien Danezis, connu sous le nom de Lambros, ancien électricien-électronicien de la marine, se reconvertit dans l’art du vitrail, signant ses œuvres de son prénom en grec. Dans les années 1970, il loue à la mairie la chapelle abandonnée des Pénitents blancs, la restaure en valorisant la corniche à mordillons, le toit, les stalles en bois, le maître-autel polychrome d’ordre corinthien, les bustes dorés et la chaire en bois. Il y installe son atelier de maître verrier et fédère des artistes pour y organiser des expositions avec des créateurs locaux et régionaux. Il aménage une vaste cheminée, qui sera utilisée plus tard par les jeunes du village.
Lambros ouvrit une porte vers son atelier sur l’actuelle place de la Mairie. Il rénova dans son atelier coursegoulois les vitraux d’églises renommées telles que celles de Saint-Paul-de-Vence, Antibes, Valbonne ou Gourdon, et créa des pièces pour la Chapelle Notre-Dame-de-Sardaigne à Saint-Cézaire-sur-Siagne et Notre-Dame-des-Lumières à Antibes.
Il fonda à Coursegoules un syndicat d’initiative, publia une plaquette sur le village, puis partit fonder une école de vitrail à Rochefort.

Vitrail de Notre-Dame de Sardaigne par Lambros
La renaissance du Cercle et l'aménagement de la chapelle
La porte ouverte par Lambros pour accéder à la chapelle sera déplacée vers le mur d’enceinte lors de l’aménagement de deux salles municipales en 1985. Un plancher en béton, dont la pose a coûté 710 000 francs, est alors construit pour séparer l’espace en deux niveaux distincts. La partie inférieure est aménagée en local de rangement et en « cercle », inauguré en octobre 86, tandis que l’étage supérieur permet d’accueillir une salle municipale polyvalente. Cette transformation aura permis de décrépir toute la façade, révélant les créneaux et fenêtres hérités des siècles passés.
Ce réaménagement permit de faire renaître le « Cercle » (Cf. Coursegoules le temps des veillées, tome 1).


Le Déplacement de la porte latérale : en haut, à l'époque de Lambros; en bas, emplacement actuel
Le(s) Cercle(s) à Coursegoules
À Coursegoules, comme dans de nombreux villages provençaux, le cercle s’enracine dans diverses formes de sociabilité : confrérie de pénitents, loge maçonnique, corporation de métiers, société de secours mutuel, cercle bourgeois, voire sociétés secrètes. Ces cercles étaient des assemblées où les Coursegoulois se réunissaient pour discuter, jouer à la belote, au vitou, aux tarots et partager un verre. Espaces à la fois ludiques, politiques et économiques, cette tradition remonte au Moyen Âge.
Avec la fermeture du bar « chez Zézé », le Cercle a trouvé une nouvelle vie dans la chapelle, mais aussi chez Guizol, au Zizi Club ou sous le presbytère. Plusieurs cercles ont existé, chacun avec une identité particulière. Ils ont disparu dans les années 2000, laissant place à d’autres formes de convivialité, toujours dans et autour des vieux murs du château moyenâgeux.
Les informations présentées dans ce document s’appuient sur une diversité de sources, garantissant la richesse et la fiabilité des contenus.
Documents officiels et ouvrages spécialisés
- Graniou Michel (c) Conseil général des Alpes-Maritimes
- Jean-Claude Poteur, Inventaire général du patrimoine culturel, Région Provence-Alpes-Côte d'Azur
- Luc Thevenon, conservateur honoraire en chef du Patrimoine, auteur d’un ouvrage sur les pénitents dans les Alpes-Maritimes, Ed SERRE
- Coursegoules, le temps des veillées, Alex Benvenuto/Laurent Lapchin, Ed SERRE 1983
- Coursegoules, Histoire et histoires, Alex Benvenuto/Laurent Lapchin, Ed SERRE 2021
- Archives départementales des Alpes-Maritimes et des Bouches du Rhone
- Georges Doublet, Monographies de celles des paroisses des cantons de Coursegoules, Saint-Auban et de Le Bar qui firent partie du diocèse de Vence. Nice, 1903.
- Abbé E. Tisserand, Histoire de Vence, cité, évêché, baronnie, de son canton et l’ancienne viguerie de Saint-Paul-du-Var, Paris, 1860.
Témoignages et archives locales
- Interview de Dominique Trabaud, maire de Coursegoules
- Archives privées de descendants de Prieurs Pénitents Blancs à Coursegoules
Sources

La salle polyvalente, au premier étage

Le "Zizi Club", du surnom de Joseph Benvenuto, fut l'un des lieux de prédilection du Cercle...

La sortie du réservoir, sous le château, rue de la Clastre
Le Déplacement de la porte latérale : en haut, à l'époque de Lambros; en bas, emplacement actuel
L'ECOLE DE COURSEGOULES
de la fin du XIXème siècle aux années 2000


Comme dans tous les villages, l'école a joué et joue toujours un rôle essentiel pour chacun des habitants qui l'ont fréquentée, mais aussi dans la mentalité collective. Combien d'itinéraires de vie ont été déterminés par l'influence d'une institutrice, d'un maître ? Craints, admirés et aimés, les enseignants restent au cœur de la vie du village.
D'abord privé, et confié aux congrégations religieuses, l'éducation repose, depuis 1905 et la loi de séparation de l’Église et de l’État, sur l'enseignement public. Mireille Benvenuto a compilé patiemment et minutieusement les données des registres pour nous offrir cette pépite que constituent les listes d'élèves de l'école de Coursegoules. Vous y retrouverez probablement des noms bien connus de nos grands anciens comme de nos contemporains; et certains pourront même compléter ou commencer leur arbre généalogique...
Les documents d'origine ont été retrouvés par M. Michel Contet, directeur de l'école du village de 1984 à 1995.




Les élèves de l'école de Coursegoules en 1935 :
1-Felix Gazagnaire
2-Yvon Paul (fils de gendarme)
3-Marcel Toudon
4-Marius Trastour
5-Annie Trastour, épouse Maunier
6-Henriette Bellini (dite yette)
7-Maguy Gazagnaire
8-Rémond Raymonde (fille gendarme)
9-Paul Yolande (fille gendarme)
10-Gazagnaire Jean
11-Alphonse (Fonfon) Trastour
12-Germaine Tombarel
13-Jeannette Gazagnaire
14-Marie-Louise Franchi (fille Rémy d’Authier)
15-Noélie Guizol
16-Germaine Guizol
17- Victorine Bellini
18- Cécile Victorin
19-Augusta Focachon épouse Tombarel
20-Germaine Gazagnaire épouse roubin
21-Marcelle Gazagnaire


















Madame Orengo, institutrice, devant la chapelle Saint-Michel, vers 1938
Coursegoules secret, amoureux et historique : visite guidée
Pour aimer un lieu il faut un guide. Le village de Coursegoules ne se donne pas comme par miracle dès que l'on s’y trouve. Il faudra aller vers lui, car il ne viendra pas vers vous. Sa richesse étant trop grande pour le comprendre en une seule visite, nous vous proposons quatre itinéraires, selon vos goûts, votre temps, ou votre humeur.
Aujourd'hui, découvrez le premier de ces itinéraires : "du Pountis à la Clastre"
Ce guide est secret, car nous vous offrons, au-delà de l’essentiel, cette foule de détails qui forment l’âme d’un village. Nous vous entraînerons sur nos pas avec la fraîcheur des souvenirs d’enfance et le sérieux des historiens.
Ce guide est amoureux, car nous avons choisi de vous transmettre notre passion pour le village au travers de nos coups de cœur. Nous serons subjectifs comme lorsque nous promenons nos amis, avec le chicou de tendresse en plus pour vous montrer le détail qui nous semble intéressant. Libre à vous de compléter ensuite avec tel ou tel chapitre du tome 1 ou 2 de « Coursegoules, le temps des veillées ».
Ce guide est historique, car au fur et à mesure des itinéraires, nous rappelons notre histoire et ce qui a contribué à bâtir l’identité d’une communauté. Comme un immense puzzle, vous reconstituerez l’histoire du village après tous ces itinéraires.
.
Encore quelques réflexions avant de vous laisser partir.
Ces itinéraires sont issus des innombrables promenades accomplies avec des amis sur une cinquantaine d’années. Adolescents, nous avons aimé flâner, visiter les ruelles de notre village sans point de repère, tout le reste naissant des rencontres et de la chance. Puis nous nous sommes assagis et avons étudié l’histoire, les pierres, les hommes. Cette double démarche correspond parfaitement à la nature particulière de Coursegoules, double labyrinthe d’Histoire et d’hommes. Ces itinéraires, d’une demi-heure à trois-quarts d’heure pour en lire les détails, sont accompagnés du plan du village, avec quelques points de repère numérotés en rouge dans le texte.
Et si vous avez aimé ces balades-découvertes, un itinéraire 5 « de la Combe aux Granges », d’une durée de deux heures vous est offert dans l’ouvrage « Coursegoules, Histoire et histoires », page 27 et suivantes !


Itinéraire 1 : du Pountis à la Clastre
Durée : 30 minutes... lecture incluse !
Commençons la visite en entrant par la « porte ouest » ou « porte de Grasse » :
- Le Pountis (ou pontis) 1 désigne non pas la porte ouest du village, mais le groupe d’habitations formant un pont au-dessus du passage après celle-ci. Notez la présence de gonds imposants qui devaient supporter une lourde porte. Le passage aboutit dans la rue des Tisserands. On laisse à droite le pâté de maison démolies de l’Ilette et la Bibliothèque au toit bleue pour emprunter la rue des Tisserands.
- Rue des Tisserands. Trois tisserands sont recensés au XVIIIème siècle dans cette rue. Le dernier métier à tisser se trouvait encore en 1960 dans le renfoncement à gauche dès la sortie du Pountis. A noter la superbe inscription lapidaire d’une navette sur le linteau indiquant une maison de tisserand au début de la rue et daté de 1846. On tissait essentiellement à partir du chanvre, cultivé dans le quartier du Canebier sur la Cagne à la sortie du village, et qui était « battu » dans les trois moulins du pays. Le chanvre plante textile servait à fabriquer de la toile pour la confection les vêtements de la famille, le linge de ménage et les sacs pour le grain.
- Rue d’Escaou ou Escau, Escal, en provençal. 2
Après le méplat de la rue des Tisserands commence la montée des escaliers de la rue d’Escau. Si ce terme est courant dans tout le Narbonnais, il est très rare dans les Alpes-Maritimes. Il désigne des montées aménagées avec des escaliers pour rendre le passage plus aisé.
On trouve à son départ l’ancienne maison du notaire ainsi que la maison dite de Diane de Poitiers, (elle en a hérité mais ne l’a jamais habitée) qui a abrité la naissance des sœurs Saint Val.
Destin digne d’un roman pour ces deux sœurs dont la mère était une Grimaldi d’Antibes, épouse Gazagnaire (de Coursegoules), et le père un Alziary de Roquefort. Elles seront toutes deux divas de la Comédie Française, fréquenteront aussi bien Voltaire que Marie Antoinette. La plus jeune sera choisie par Beaumarchais pour créer le rôle de la comtesse Almaviva dans le « Mariage de Figaro » et achètera l’île Saint-Honorat pour s’y réfugier durant la Terreur. Un chapitre complet leur est réservé.

Remontez encore quelques marches pour trouver la Maison Freinet et sa fresque.
En 1962, Elise et Célestin Freinet décident de mettre en place une Ecole d'altitude et un Musée d’Art enfantin ouvert au public. Ils achètent une grande maison à Coursegoules et la font réparer et aménager. Ils accueillent du vendredi soir au dimanche et pendant les vacances les élèves de Vence. Ils redescendent ensuite avec le pain du boulanger Tombarel pour toute la semaine. C’est la boulangère Augusta Tombarel qui aura la clef du Musée et la responsabilité du gardiennage pour ouvrir en semaine, mais il y aura peu de visiteurs. Le Musée ferme ses portes au public en 1966, au décès de Célestin Freinet, et la maison sera revendue.
La fresque de la façade
Les enfants de l'école Freinet conçoivent et réalisent, avec l'aide de leur institutrice Malou Bonsignore et les conseils d'Élise Freinet, toute la décoration intérieure et extérieure de la maison. La pièce maîtresse en est le grand bas-relief de terre cuite encadrant la porte d'entrée. Deux adolescents sont les principaux concepteurs du projet, avec l'aide d'une dizaine de leurs camarades plus jeunes. Un céramiste d'art de Vallauris, M. Pérot, en réalise la cuisson et un maître maçon de Vence se charge de la mise en place des sculptures. À l'intérieur, une mosaïque est créée sur l'un des grands murs. De nombreuses autres créations (poteries, sculptures, tapisseries, peintures, etc.) décorent l'ensemble des pièces et en font un véritable musée de l’Art enfantin.
Les enfants voulant donner à leur maison une marque extérieure qui en signale la personnalité réalisent un ensemble équilibré qui ressuscite une fresque proche de Jérôme Bosch, replaçant ainsi leur œuvre dans le seizième siècle pour donner à la pierre de la façade le décor qu'elle méritait.
Tout le bas-relief est situé sous le signe de Coursegoules.

- Les stèles du bas représentent - selon les enfants - les premiers êtres mi-hommes, mi-bêtes, qui avaient établi leur patrimoine sur le territoire de Coursegoules. Ils découvrent les arts de travailler la terre, domestiquer les bêtes, se nourrir.
- Le motif du milieu représente, en son centre, la mère éducatrice qui aime et éclaire l'enfant. Elle symbolise L’École dans sa mission éducative. A droite et à gauche, les fleurs et la bête personnalisées ont les visages de la joie libre des enfants. Elles sont là « pour simplement faire beau ». Le bouc représente les troupeaux, richesse du pays. Ils l’ont préféré au mouton pour sa tête plus décorative.
- La fresque du haut, d'une ligne sobre, représente les artisans dans la noblesse de leur métier. Ils tiennent dans leur main le symbole qui caractérise leur fonction. Ils sont assis comme des Bouddhas éternels car les arts nécessaires au village doivent revivre et être, eux aussi, éternels car nécessaires à la vie.
La régie des tabacs se trouvait dans la maison face à la fresque au XIXème siècle.
La montée de la rue d’Escau, refaite en 2025, aboutit place de la Clastre.
- Place de la Clastre 3
Certains auteurs voient dans la Clastre, lieu fermé, une référence à la prison, proche du château, voire une allusion à la mauvaise réputation des habitants ! En toponymie, les lieux relatifs aux prisons prennent généralement la dénomination de Carcer/ Carces. ».
Une clastre (ou clastro) est un lieu clos, cloître ou presbytère. Le presbytère était dans l’église, mais la maison du curé, ou maison curiale, sur la place de la clastre. La proximité avec la première porte du village nous incite à penser que ce terme peut également désigner une sorte de courtine, de lieu clos entre le château et la porte Nord, aujourd’hui disparue, et qui fut longtemps la porte principale du village. Elle se situait au début de la rue de la Pourtette. Notons que la place de la Clastre fut jusqu’au XIXème siècle un simple passage qui a été agrandi lors de la démolition du rempart qui fermait le village à l’est contre l’église, avec réutilisation des pierres du baptistère se trouvant derrière les remparts.

La place abritait les « Nouveautés Dauphinoise » de Coursegoules, véritable « drugstore », dans les années 1900 (Cf. « Coursegoules le temps des veillées » tome 1 page 143, arrivée d’un Coursegoulois). On y vendait de tout à une époque où il n’était pas aisé de se rendre à Nice ou Grasse : draps tissés sur place ou draps fins de Paris, étoffes, chapeaux en paille d’Italie et en feutre, tabac, pétrole, bougies, allumettes, cannes, médicaments, parfums, produits de beauté, poudre plombs et amorces pour la chasse, lampes à pétrole, vêtements de travail et de cérémonies... C’est son créateur, Célestin Clavel, futur maire, qui eut l’idée de planter le tilleul toujours présent sur la place.
L’actuel restaurant de l’Escau fut au début « l’Hôtel du Cheiron » (également café restaurant) de Marius et Élise Causse, créateurs de la célèbre « omelette coursegouloise ». Il deviendra en 1947 « L’Auberge du Tilleul », que tout le monde appellera « chez Servelle.» et sera également café et épicerie.
De la place de la Clastre on voit, adossé à la chapelle des Pénitents blancs, ce qui fut la première caserne de gendarmerie, appelée alors « la caserne ».

Itinéraire 2 : De la Clastre à la Place Neuve
Durée : 25 minutes... lecture incluse !
La place de la Clastre se prolonge vers l’est par la rue de la Clastre. Dans la muraille face à la rue du four, se trouvait le premier point d’eau du village qui arrivait directement de l’immense citerne toujours présente sous l’actuelle Place de la Mairie. Cette rue butait à l’origine contre le rempart qui fermait par une tour le village entre l’actuelle mairie et le presbytère de l’église. Une fissure se voyait encore à cet emplacement avant la réfection de l’enduit de façade. Cette partie de rempart fut détruite vers 1850 pour ouvrir le village vers l’est, avec les belles maisons du XIXème siècle et en tout premier la maison curiale actuelle construite à l’origine pour être la maison du notaire Claude Honoré Martin, maire du village à deux reprises, de 1871 à 1883, puis de 1889 à 1904. Elle aboutit à la place de La Combe.
La place de la Combe (de coumbo). 7 Le terme provençal « combe » désignant une vallée creusée entre deux escarpements, cette dénomination semble surprenante au premier abord. Une combe désigne cependant également en occitan l’espace doux et plat au fond d’un vallon, ou une carène de bateau. La place de la Combe, entre ses deux rangées de maisons bourgeoises construites au XIXème siècle sur d’anciennes granges « hors les murs » reste douce et avenante.
Empruntez à votre gauche et au début de la place la petite rue de la Pourtette. Ce nom qui se traduit par « rue de la petite porte » est surprenant alors que cette rue mène à ce qui fut l’entrée principale du village avec un accès direct vers le château. Passez sous le petit pont qui soutenait le canal amenant l’eau de la source de Viriou au village, daté en son centre de 1633. En allant tout droit, vous trouverez à votre droite l’ancien chemin qui descend au Foussa. Prenez plutôt à votre gauche l’escalier qui mène aux jeux de boule de la place du Verger (renommée aujourd'hui place du Cheiron) et qui vous permettra de le voir de dessus. Un pont permettant aux voitures de rejoindre le cimetière y a été accolé à la fin des années cinquante.

Revenez sur vos pas, et si vous ne voulez pas passer pour un « étranger du dehors », ne dites pas sur la Place de La combe, mais tout simplement à La Combe. Elle hébergeait en son extrémité est la chapelle Saint-Eloi, patron des orfèvres et de tous les artisans travaillant les métaux : forgerons, maréchaux-ferrants. Grand protecteur des chevaux, des mulets et des ânes, Saint-Eloi était fêté en été par tous les Coursegoulois qui amenaient leurs bêtes devant la chapelle. La fête continua même après la destruction de la chapelle. Marie Trastour se souvenait de la fête du 25 juin, lorsqu’elle faisait bénir par le curé, devant le lavoir de la Combe, Coquette et Marquise étrillées de frais et parées de rubans, cocardes et grelots de la tête à la queue. Saint-Eloi était fêté à deux reprises dans l'année, une première fois le 25 juin sous le nom de Saint-Eloi d'été, et une seconde fois le 1er décembre sous le nom de Saint-Eloi d'hiver. La chapelle est signalée en bon état en 1776 par l’évêque Bourchenu, et dédiée alors à Saint-Pons et Saint-Eloi. La chapelle fut remplacée par un lavoir protégé du soleil par un toit en tôle. Une partie des pierres du lavoir démoli à son tour pour laisser une aire de retournement pour les voitures a été placée comme banc contre le mur. Une autre partie a été utilisée pour construire un lavoir derrière le bâtiment Saint-Eloi. L’Hôtel Raimond, le premier établissement d’hôtellerie et de restauration à avoir été ouvert dans le village, se trouvait également contre ce lavoir. Les pierres de la chapelle ont été récupérées pour sa construction et l’on peut voir la date de construction de la chapelle sur une pierre d’angle de cet ancien hôtel. Le parement de pierre visible dans le mur a probablement été récupéré de l’entrée de la chapelle.

Sur la place se trouve également une fontaine construite en 1800 en dérivant l’eau de la source de Viriou qui alimentait le village. Il est fort probable qu’elle a été offerte par la famille de M. Rodes qui briguait alors le poste de maire qu’il obtint en 1884. Il n’y eut jamais de Rhodes à Coursegoules, mais la famille Rodes y était honorablement connue depuis de nombreuses générations. Il est possible que le tailleur de pierre ayant gravé par erreur Rhodes (avec un H) ait eu du mal à se faire régler la facture !


La place Neuve. De la sortie de la Place de la Combe jusqu’à la place Neuve, se trouvait la belle Allée des tilleuls, lieu de promenade vespérale et chic, et le bar Raymond, temple irremplaçable des belotes du dimanche dans les années 60 et suivantes. Elle aboutissait à l’aire de battage principale du village jusqu’à l’après-guerre de 1940. Cette « nouvelle » place pris son appellation après l’ouverture des remparts entre l’église et la mairie, et qui fermaient le village vers l’est.
Au moment de la fête des limaces (voir « Coursegoules, le temps des veillées », tome1), trois autels étaient installés pour la procession avec une série de célébrations successives sur la place de la Clastre, puis avec quelques planches de bois posées sur la fontaine de la place de la Combe, et enfin contre le mur de la place Neuve. Le jour de la Fête-Dieu (au mois de juin), l’éclairage municipal était éteint et de multiples petites lampes à huile munies d'une mèche et confectionnées dans des coquilles d'escargots étaient disposées dans les rues et devant les maisons. Un cortège processionnaire, conduit par le curé et les enfants de cœur, parcourait le village d’autel en autel. On attribue l'origine de cette procession à une prière adressée au ciel pour obtenir de la pluie lors des printemps secs.
La place est fermée par l’ancienne gendarmerie devenue immeuble d’habitation. L’actuel édifice Saint-Eloi remplace les garages qui abritaient les cars d’Alphonse Trastour.
Les plus courageux emprunteront ensuite le chemin saint Antoine pour y voir la petite chapelle du même nom 8.



Chapelle Saint-Antoine (tableau Marabotto)
A suivre : bientôt, l'itinéraire suivant :
"De la porte Est à l’Église"
Itinéraire 3 : du cimetière à la place du Plat
Durée : 40 minutes... lecture incluse !
Le Cimetière. Au-dessus de la place neuve, le petit chemin Saint-Eloi permettait de remonter jusqu’au "nouveau" cimetière aménagé au début du XIXème siècle. Le Décret du 23 Prairial an 12 (12 juin 1804) relatif au lieu d'inhumation stipule "qu’aucune inhumation n'aura lieu dans les églises ni dans l'enceinte des villes et bourgs. Il y aura hors de chacune de ces villes ou bourgs, à la distance de trente-cinq à quarante mètres au moins de leur enceinte, des terrains spécialement consacrés à l'inhumation des morts. Chaque inhumation aura lieu dans une fosse séparée ; chaque fosse qui sera ouverte aura un mètre cinq décimètres à deux mètres de profondeur, sur huit décimètres de largeur et sera ensuite remplie de terre bien foulée. Les fosses seront distantes les unes des autres de trois à quatre décimètres sur les côtés, et de trois à cinq décimètres à la tête et aux pieds".
Auparavant, le cimetière était devant et contre l’église, ainsi que dans les différentes cryptes sous l’église. Cryptes de familles nobles ou bourgeoises, et crypte de fosse commune.
On revient dans le village par le chemin du Colombier.

Le chemin du colombier. 11 Du provençal couloumbié, la petite colline du Colombier qui surplombe le chemin abritait un ou plusieurs pigeonniers. L’établissement de colombiers n’était pas à Coursegoules un privilège féodal, contrairement à de nombreuses villes.
La place du Verger. On traverse le pont accolé à l’ancien Aqueduc daté de 1633 et qui amenait l’eau par un canal de plusieurs kilomètres depuis la source de Viriou jusque dans la citerne du château située sous la place de la mairie. On arrive à la place du Verger qui abritait quelques arbres fruitiers et sur laquelle se trouvait l’arrivée du câble qui permettait de descendre le foin depuis la ferme de Bérangier, en haut des planches menant au Cheiron. Les arbres ont été remplacés par des jeux de boule. Le petit bassin de pierre accolé contre le mur d’enceinte au bout de la place rebaptisée place du Cheiron a été enlevé de la voie romaine qui, arrivant de Vence, aboutissait au virage du Brec.
L’actuelle place de la Mairie fut pendant longtemps place de l’Ecole et cœur d’un village vivant. Elle eut également la dénomination de place des Fêtes.
Traversons cette place sous laquelle se trouve encore la première citerne qui permettait de fournir l’eau de Viriou à tout le village, et prenons les escaliers qui bordent la chapelle des Pénitents blancs.

Le Château et la chapelle des Pénitents blancs 4
De son nom officiel et complet, "Chapelle de Pénitents Notre-Dame-de-Pitié", elle est à l’origine un château fort fondé au XIIIème siècle, reconstruit au XIVème siècle, et restauré au XVème siècle. La date 1677 portée sur la chaîne d'angle ouest correspond à la transformation en chapelle de Pénitents. L’horloge publique placée dans la tour accolée date de la deuxième moitié du XIXème siècle avec un campanile de type grassois.
Les Pénitents Blancs de Coursegoules étaient une association caritative et une confrérie indépendante. Chaque pénitent possédait comme vêtement un « sac », sorte de tunique à manche longue qui le recouvrait entièrement, une ceinture de corde et une cagoule masquant le visage. Cette cagoule, gage d’humilité permettait l’égalité entre « frères ». Le pénitent emportait à son décès l’habit dans son cercueil. Ils portaient également de grands chapelets en buis à gros grains achetés à Laghet que l’on trouve encore dans les vieilles familles coursegouloises.
Comme dans les autres villages, cette Confrérie était une fraternité de laïcs sous le regard bienveillant de l’autorité religieuse au service des plus démunis, poursuivant l’idéal d’offrir un secours mutuel matériel et spirituel. Coursegoules fut un bel exemple de prise en charge d'une mission de service public par des particuliers. Les habitants témoignaient d'entraide sociale avec ces pénitents blancs, première forme de mouvement mutualiste et de coopération. Acteur majeur de la vie locale, la confrérie fut assez riche pour bâtir la chapelle en 1677 sur l’ancien château des Villeneuve.
Les épouses furent admises dans la confrérie au début du XIXème siècle.
Dirigée par un Prieur et un sous Prieur élus une fois par an, en général le lundi de Pâques, la confrérie fut officiellement abolie une première fois au moment de la Révolution française par un décret en date du 18 août 1792. Les lois de séparation de l’église et de l’état poursuivront la mise à mal de cette organisation, qui fut un peu relayé par la naissance du « Cercle » (Cf. Coursegoules le temps des veillées tome 1). La confrérie va péricliter puis disparaître au début du 20ème siècle. Peut-être existe-t-il encore dans des greniers du village d’autres « registres des réceptions » dans lesquels étaient notés la liste des nouveaux impétrants ?
Observons sur les maisons de gauche le linteau avec « la pie bavarde » qui signalait la maison de l’écrivain public, et à droite un grand rouleau de pierre probablement utilisé auparavant pour le dépiquage du blé.
Redescendons vers la rue de la Clastre.
Poursuivons en descendant par la rue du four.

La rue du Four 6
Comme son nom ne l’indique pas, elle mène non pas à un, mais à deux fours.
Le four ancien est daté pour sa première construction du XIIIème siècle. Il est maintenant privé et fermé mais encore en état sur la petite place face au four actuel Celui-ci, toujours en activité, a été aménagé au XVIIème dans une maison dont la base semble dater du XIVème siècle. Il figure dans le cadastre de 1841 et sa présence a figé la maison dans un état proche de son état médiéval.
À l'époque féodale, le four à pain fut le privilège des seigneurs de Villeneuve dont ils tiraient profit en prélevant une taxe sur chaque cuisson. Ce droit seigneurial de banalité contraignait les coursegoulois à recourir au four, ou au moulin seigneurial, en leur interdisant de construire des moulins ou des fours. Il fut inféodé, moyennant redevance, aux boulangers appelés fourniers. L'utilisation du four banal reste obligatoire jusqu'à la Révolution qui confère aux habitants le droit de cuire leur propre pain : le four banal devient communal et est donné en fermage à des boulangers qui payent tous les ans une redevance aux consuls ou échevins et conservent un droit de fournage.

On cuit pour la semaine, la quinzaine, parfois plus, de gros pains chargés de mie sous une grosse croûte afin d’assurer la plus longue conservation naturelle possible.
Le four est très réglementé depuis le moyen-âge et les villageois doivent marquer leur pain en indiquant le jour du dépôt et donner le bois pour le cuire, "mais il leur sera permis de prendre les braises et cendres provenant du bois qu’ils auront fourni". Les braises et cendres sont alors utilisées pour la cuisine et la lessive. "Le fournier ayant pris pour lui cendres ou braises sera condamné à cinquante livres d’amende".
On peut lire également sur un règlement du XVIIème siècle : "les particuliers qui feraient leur pain ailleurs seront soumis à une peine de six livres et à la confiscation du pain trouvé en contravention, et ce, en faveur du propriétaire du four".
A côté du four, en allant vers la Clastre, se trouvait l’ancien fournil, qui fut un temps épicerie Tombarel, avec ses publicités sur plaque émaillée de "Bouillon Cub" et de "Poule au pot". Comme le boulanger y élaborait avec amour son levain avant de pétrir sa pâte, tout le monde appelait cet espace « le Pétrin » plutôt que le Fournil. Le lieu vient d’être réhabilité, avec sa voute en arc brisé, par le maitre-maçon Minghelli qui signe ainsi son dernier ouvrage.
Laissons à gauche la rue qui amenait à l’entrée du Zizi Club des années 1960, et poursuivons notre descente à droite par la petite rue étroite qui arrive au "Planet".


La rue et la petite place du Planet (petite place en provençal, en opposition à la plus grande place en dessous). On y trouve l’emplacement de la première boucherie, ou plus exactement de "l’abattoir". Le billot de bois de presque un mètre cube utilisé à cette époque est toujours là. Le boucher remisait ses outils dans la petite maison attenante au-dessus des voûtes des lavoirs. Poursuivons notre descente jusqu’à la jolie place du Plat.

Le Plat, ou initialement le Plan 10
Le terme de "plat" pour cette belle place, signifie aussi bien un endroit sans escaliers, qu’un bassin. Effectivement, on y trouve sous deux voutes un lavoir et un bassin qui fut le premier point d’eau public après celui du réservoir du château de la rue de la Clastre. En 1809, il fallut réparer les voûtes qui supportaient la petite place du Planet donnant alors directement sur le Plat, et en 1862, la municipalité décida de les couvrir et de construire au-dessus le local qui servira d’abattoir et de boucherie.
Arrivés au bout de la place, vous trouverez un petit cul de sac à votre droite. Passez la voûte et vous trouverez sous vos pieds un "degoutaire", point bas du village, pour qu’en cas de fortes pluies l’eau ne soit pas retenue par les remparts et puisse s’écouler "hors les murs" par le passage sortant sur "la Placette".
Laissez à votre gauche la rue de l’Église, que vous rejoindrez un peu plus loin par une rue plus "historique", et empruntez la rue du Pourtaou.

La rue du Pourtaou, déformation du provençal "pourtal" qui désigne une porte d’enceinte. Elle vous mènera jusqu’ à la porte Est, ou porte de Vence 9. Remarquez au passage le pountis qui reliait les maisons de part et d’autre de la rue. Ces arcs boutants avaient également un rôle de maintien des demeures en cas de séisme.


Restaurants coursegoulois du XIXème siècle aux années 70
Les restaurants n'ont pas toujours existé ! En 1765 un premier établissement ouvre ses portes à Paris. Il propose une véritable révolution : des tables individuelles et des plats à choisir sur un menu. Loin des tables collectives des auberges et des tavernes du moyen-âge.
A Coursegoules, depuis le XVIIème siècle, on trouve dans les recensements des « cabaretiers » qui vendent du vin avec une assiette garnie depuis le moyen-âge.
Plusieurs évêques rapportent que « la jeunesse y boit avec excès et sans retenue pour le sexe et la petite jeunesse, et [ces rencontres] finissent presque toujours par la querelle et le débat ».
On trouve à Coursegoules par ordre d’entrée en scène :
L’hôtel Raimond;
L’épicerie-bar-chambre d’hôte et restaurant Revellon qui deviendra le restaurant des Alpes;
L’hôtel du Cheiron sur la place de la Clastre, qui deviendra L’Auberge du Tilleul chez Servelle;
La Bonne Auberge de Mme Focachon;
La Grange de Capoun de Nicole et Tonio Cortinovis;
L’auberge et Hôtel du Cheiron sur la Combe;
L’Auberge du Cheval Pie;
Le restaurant El Récréo;
l’Estable de Loulou et Mimi…
L'hôtel Raimond

A l’entrée de la toute récente place de la Combe, contre le lavoir qui avait remplacé l’ancienne chapelle Saint-Eloi, il fut pionnier pour offrir aux premiers touristes dès la fin du XIXème siècle quelques chambres et une salle à manger commune avec menu unique.
Il accueillait les voyageurs arrivant en voiture à cheval puis, après les années 1900, avec les premières voitures à essence.
La maison Revellon et le Restaurant des Alpes

M. Revellon est postier de son état. Il ouvre avec Marie Gazagnaire un établissement dans la rue principale. Il sera bar, épicerie, restaurant. Lorsqu’un marchand ambulant, arrive en car jusqu’à Coursegoules, il le nourrit et lui loue une des chambres au-dessus de la salle.
Au début des années 1960, l’activité de restauration sera reprise par deux sœurs, Marcelle et Germaine. Ce sera l’ouverture du « Restaurant des Alpes », plus connu sous le nom de restaurant des sœurs Gazagnaire.
La « Maison Causse », Hôtel du Cheiron première version

Rassemblement de notables devant l'Hôtel du Cheiron. A gauche : Augusta et Adolphe Focachon (Maire)
Marius et Élise Causse désirant ouvrir un Hôtel-Restaurant tombent sous le charme de l’ancienne maison du curé de la place de la Clastre.
Ouvert avant-guerre, le café et le restaurant se situent de part et d’autre de la porte d’entrée menant dans les chambres à l’étage. Le café deviendra épicerie pendant la guerre. Les premiers clients « chics » sont la clientèle anglaise de Vence, et il font peindre « Tea-Room » à l’entrée du restaurant. Le restaurant sera connu pour sa célèbre
« omelette Coursegouloise ». Il sera repris en 1945 et 1946 par Marius Trastour, puis par M. et Mme Servelle.
L’Auberge du Tilleul, « chez Servelle »
Quelques années plus tard, au même emplacement, l’épicerie trône fièrement à la place de l’ancien café et est approvisionnée en fonction… des menus du restaurant.
Mme Servelle refusera d’y servir du Whisky : « je n’aime pas le whisky, c’est pour les touristes et ça a le goût de la punaise écrasée. D’ailleurs, je n’en ai jamais bu, et c’est tant mieux parce que je n’aime pas la punaise écrasée ! »
il faut réserver bien à l’avance pour avoir sa table lors des repas servis sous le tilleul l’été et dans la petite salle l’hiver.
La Bonne Auberge, « chez Mme Focachon »
Tout le monde l’appelle la « table de Mme Focachon ». On y déjeune dans l’ancienne cuisine. La table est longue et parfois collective car l’espace est restreint. Augusta Tombarel, la fille de la maison et épouse du boulanger, descend les plats depuis la cuisine qui se trouve au premier étage.
Le vin est tiré directement des tonneaux empilés au fond de la boulangerie, avec pancarte et robinet de bois.
La Grange de Capoun

Avec l’ouverture du village vers l’est, s’ouvre le premier restaurant
« hors les murs ». Il faudra prendre la voiture pour aller en direction de la ferme de lou Meu pour découvrir un autre établissement de cuisine traditionnelle qui ouvre à la fin des années 70 avec Nicole Bertaina, épouse Cortinovis, rejointe par son époux Tonio qui arrête son métier de maçon pour l’épauler.
L’auberge du Cheiron
Clarisse Gasquet, épouse Blacas, décide avec sa fille, Mireille Chabert, de bâtir en ce début des années 60 un hôtel restaurant de luxe sur la place de la Combe. Avec ses 18 chambres, il sera chic et moderne avec salon de thé, salle à manger panoramique avec terrasse et vue imprenable.
De nombreux artistes de Saint-Paul de Vence y résideront. La cuisine n’est plus servie au plat mais à l’assiette. Gaby Morley honorera de sa présence une inauguration qui fera date dans le village.



L’Auberge du Cheval Pie



En arrière-plan : l'Auberge du Cheval Pie et à gauche, les « bungalows »
Tintinville, aux couleurs d’Hergé, est la première tentative française de centre de loisirs. Le club se dote d’un restaurant avec piscine, tennis, karting, et centre équestre. La partie hébergement reprend le concept américain des motels où chaque client peut garer sa voiture. Tenue par Mme Cheval, l’auberge du Cheval Pie est ultra moderne. Décoré en son centre avec un grand aquarium et ses truites vivantes, où chaque client fait son choix. La cuisine est de gastronomie française. Elle sera reprise par M. Della Noce, dit « Charlie ».
El Récréo, l’Espagne à Coursegoules

Au centre : Stany Amoros, chef et patron d'El Recreo
Stany Amoros, restaurateur espagnol, implante son établissement au-dessus de la rue qui mène à la placette. Il faut gravir de nombreuses marches pour arriver dans son petit paradis où l’on peut déguster dès les années 60 des calamars à l’encre, une paëlla comme en Andalousie, ou un lapin cuit sur une ardoise chauffée à blanc dans un feu de bois sur la terrasse et flambé au whisky.
L’Estable et la cuisine du lycée hôtelier

C’est un cuisinier diplômé de l’école hôtelière de Nice qui ouvre à la fin des années 60 un restaurant dans le virage du Brec. Une décoration avec carrelage en terre cuite, poutres en bois, murs aux pierres apparentes, et une grande cheminée pour les grillades.
Loulou et Mimi Braganti offrent une cuisine provençale et créative, avec des spécialités au feu de bois. Quelques années plus tard, il ouvrira le restaurant dans le local municipal de la place Neuve, à l’entrée du village.
Fin finalo...
...cette longue tradition d’une cuisine familiale, chic ou inventive, et toujours de grande qualité, perdure encore en 2026, comme il y a plus d’un siècle, lors de l’invention des « restaurants » avec :
Le Bistrot de Sophie
Le P’tit creux
et l’Atelier Gourmand

M. Revellon, facteur, vers 1945, devant la chapelle des Pénitents

Connaissez-vous le
Conseil de Fabrique ?
Lorsqu’on s’intéresse à la gouvernance, gestion politique, administrative et financière de la commune depuis le moyen-âge, on trouve deux institutions : le « conseil communal » qui deviendra mairie, et le « conseil de fabrique » que l’on confond parfois avec ce conseil communal. Il semble que ce Conseil de Fabrique, riche et puissant, ait été le véritable pouvoir politique et financier.
A sa tête étaient, de plein droit et à égalité, le maire et le curé, complétés par cinq nobles ou notables. Le comptable ou marguiller, gestionnaire principal de la commune, était choisi parmi ces notables. C’est souvent le même qui faisait le tour des moulins et fours chaque année pour en vérifier état et fonctionnement. Ce sont les mêmes notables qui organisaient la charité avec les Pénitents Blancs. Bref, il y avait un véritable équilibre entre le pouvoir ecclésiastique et le pouvoir séculier. On retrouve ainsi dans les archives diocésaines :
- année par année l’évolution des noms des maires, curés, et principales familles du village.
- les revenus et biens de l’église (location des bancs, services funéraires, quêtes, gestion de biens donnés en héritage, maisons, moulins...), et les dépenses d’entretien (toiture, peintures, mobilier, ...) et autres (rémunération des prédicateurs, achats de tableaux ou sculptures pour l’église).

Ce Conseil de Fabrique, qui gérait les biens et finances de la paroisse en vue d’assurer le bon exercice du culte sur le plan matériel, devait tenir une comptabilité reflétant cette gestion de manière complète et précise, surveillé par les familles de notables.
La Révolution de 1789, mettra les biens ecclésiastiques à la disposition de la Nation mais, bizarrement et par dérogation, les conseils de fabrique demeurèrent administrés comme antérieurement.
Le décret du 11 juin 1804 (23 Prairial an XII) confirma également que le monopole des sépultures et services funéraires, revenait non pas à la commune, mais au Conseil de Fabrique. Ce n’est qu’en 1904 que le monopole de l'organisation des funérailles reviendra aux mairies.
Il faudra attendre 1905 avec la loi de séparation de l’église et de l’Etat pour officialiser la disparition de cet organisme oublié, qui a sagement géré pendant des siècles la gouvernance de Coursegoules.
Un pan méconnu de l’histoire de l’organisation politique de Coursegoules durant des siècles...

Les artistes à Coursegoules :
la famille Bartolini/Lachez
Le livre « Coursegoules, Histoire et histoires » présente un chapitre consacré aux « artistes et personnalités qui ont aimé Coursegoules ». Pour compléter et enrichir cette rubrique, voici quelques éléments, et pour commencer, la saga de la famille Bartolini/Lachez...
Une famille où l’art est héréditaire. Le père, Cyrille, est premier grand prix de Rome de sculpture, la mère, Suzy, peint des œuvres qui ont fait le tour du monde, le fils Maïone, peint sur bois, et la fille, Marie Amalia de son nom d’artiste, est la digne héritière de sa mère.
Coursegoules peint par un premier grand prix de Rome

La mère, Suzy Lachez, est la fille ainée d’une famille Coursegouloise de trois sœurs. Leur père disparaît lorsqu’elle a 10 ans. Elle passe la plus grande partie de son enfance au village et y restera attachée toute sa vie.

Les trois filles Lachez et leur maman, place du Verger à Coursegoules
Suzy, en 1970

Suzy, peintre de fixés sous verre
Elle commence des études artistiques aux Arts Décoratifs de Nice, de 1947 à 1950, alors en pleine frénésie artistique autour de Matisse. La famille déménage ensuite à Paris où la mère reprend un atelier d’estampes dans le Marais. Elle rencontre Cyrille Bartolini. Il obtient un Premier Grand Prix de Rome en sculpture, et le couple réside à la villa Medicis de 1957 à 1961. C’est là que naîtront leurs deux enfants et que Suzy commence à s’intéresser à la peinture « sous verre » (voir plus loin). Le couple s’installe ensuite en Charente où Cyrille enseigne à l’École des Beaux-Arts. Elle expose à Paris, Londres, Bruxelles, en Allemagne ou aux Etats-Unis.

Dès qu’elle le peut, Suzy revient avec toute sa famille dans son village de Coursegoules, dans la maison familiale où travaille Cyrille, au-dessus du four du boulanger. Elle décède en 2011.

Le père, Cyrille Bartolini, sculpte d’abord la pierre et le bois, mais passe rapidement des techniques « où on enlève » à des techniques « où on ajoute », avec le modelage en cire pour des œuvres en bronze et la sculpture sur papier : on colle du papier sur une armature de fer avant d’appliquer une couche colorée. Grand prix de Rome de sculpture, il expose et vend dans le monde entier. Il décède en 2023.


Le fils, sous le nom d’artiste de Maïone, créera une agence de packaging, sans jamais quitter la peinture. D’abord des toiles marouflées, puis la peinture à l’huile sur panneaux de bois. Son principal sujet : des portraits d’animaux humains.

"Maïone", enfant, sur le banc du mur de l'école de Coursegoules
La fille, Marie, sous le nom d’artiste d’Amalia Bartolini, reprend la technique de sa mère. Elles pratiquent le « fixé sous verre », une forme d’art qui demande dextérité et précision. L’artiste peint sur le verso d’une plaque de verre à l’aide de pinceaux très fins. Obligée de commencer par les premiers plans et les lumières avant de terminer par le fond, elle doit régulièrement retourner sa « toile » afin de voir sa progression.

De gauche à droite : Camille Tauzia, Cyrille Bartolini (fils), Jeanne Tauzia, Catherine Tauzia, Marie Bartolini, X ?

La maison familiale, à Coursegoules, dite "maison d'Eugène (Maunier)"
Le sculpteur dans son atelier de Coursegoules

1986 : la neige à Coursegoules
C'était au temps où l'on s'aventurait difficilement dans les ruelles pentues et verglacées, par les longues soirées d'hiver...
(photo : Nice-Matin)
Oratoires, croix de chemin, et « croix de Mission » de la Roubine
Toutes les croix et oratoires ne sont pas dues à la volonté publique des communautés, nombreuses sont celles qui ont été érigées par une famille commanditaire. À cette fonction où s’exprime la foi populaire, on peut aussi inclure les croix élevées tout près des champs cultivés pour implorer la protection divine contre les fléaux naturels qui affligeaient les récoltes. Parfois implantées à la croisée des chemins, elles guident le voyageur. La croix de chemin s'est répandue principalement au XIXème siècle à Coursegoules.
La « croix de chemin » de l’entrée du village, datée de 1833 et dite croix de Sainte-Anne, est inscrite au même inventaire du ministère de la Culture. Elle marquait l’entrée du village lorsque le chemin depuis Vence passait par la combe Saint-Valentin, le gué de la Saume et le Brec. Elle est représentée dans un article sur Coursegoules à la Une d’un hebdomadaire national, « le Journal Illustré », paru en ... 1868, et comme couverture du journal « PTT solidarité » de 1962 (Cf. « Coursegoules, Histoire et histoire(s) » pages 60 à 63). Elle est ornée d’un Sacré-Cœur et d’une couronne d’épine.
L’oratoire de la Collette, portant de bien meilleure facture et d’une belle exécution, est oublié des recensements et son origine est tombée dans l’oubli. Il était à proximité d’un ancien chemin. Encore en excellent état, la grille de fer a disparu et la vierge est récente. Il situé sur un terrain privé.
L'oratoire « Pesce », dit de mémorial, est daté de 1954. Il se trouve sur l’ancienne route « de la diligence ». Comme un exvoto, il rappelle la promesse de construction faite par un entrepreneur de maçonnerie résidant alors au village, suite à la guérison de son fils.
L’Oratoire Notre-Dame est une simple niche creusée dans le mur de soutènement du talus sur la D8, en face de la route du Moulin. Il remplacerait un oratoire plus ancien disparu au moment de l’élargissement de la route.
Parmi les monuments déjà inscrits à l’inventaire général des monuments historiques de Coursegoules (Jean-Claude Poteur, recensement Mérimée), figure l’oratoire Saint-Marc, successeur d’un oratoire de 1778, sur la route vers Bézaudun-les-Alpes. La croix qui le surmontait ayant disparue, et la statue de la Révérende-Mère Mercédès ayant été décapitée, il a été rafraîchi en avril 2022 par l’association Connaissance et sauvegarde des Oratoires, et bénéficie d’une nouvelle statue.
Le plus surprenant est l’absence de recensement d’une très belle « croix de Mission ». Elle symbolise la nouvelle entrée du village, au débouché de la route accessible aux diligences, ouverte au XIXème siècle et passant par le Trepaut. Elle marque également le départ du chemin allant vers Saint-Barnabé, et de celui allant vers Courmes.
De belle facture, elle est particulièrement intéressante pour l’histoire du village.
La « croix de Mission » de la Roubine







Elle est croix de chemin, qui guide le voyageur et marque le passage vers le gué de la Cagnes et sa carrairo (chemin tracé pour le passage des troupeaux) et le nouveau pont qui mène jusqu’au chemin neuf, matérialisant ainsi la nouvelle entrée du village par le sud. (La route actuelle n’a été commencée qu’en 1940 et terminée en 1945).
Elle est surtout, comme l’indique l’inscription gravée sur son socle de granit, une « croix de Mission ».
Une « croix de Mission » est un monument érigé en souvenir d'une Mission catholique. Elles furent nombreuses à être dressées après la tourmente révolutionnaire, où il fallut, pour les représentants de l'Église catholique romaine, restaurer la pratique religieuse. Beaucoup datent de la fin du XIXe siècle, voire du XXe siècle. Pour fêter dignement la clôture de la Mission, on érigeait une « croix de Mission » dans un grand concours de foule.
Elle porte une inscription (celle du prédicateur … ou du donateur) et l’année de cette mission. Celle de Coursegoules, demandée par le pape Pie IX, est datée de 1868 et mentionne « Mission P.P. (par procuration) Faivre ».
Outre ses fonctions de croix de Mission et de croix de chemin, elle était un lieu de pause pendant la procession de Saint-Barnabé. Le curé en tête, muni d'une croix processionnelle, s'arrêtait pour bénir les prés et les champs, appelant de bonnes récoltes. De même, la proximité de la Bouissière et de ses buis entraînait une autre procession au moment des Rameaux. On venait jusqu’à la croix et l’on bénissait le buis. Elle fut aussi croix sur la voie des morts de Courmes ou Saint-Barnabé : de la maison du défunt à l'église de Coursegoules, le convoi funéraire s'arrêtait pour réciter quelques prières et permettait une pause aux porteurs de la bière.
Cette croix porte comme symbole de la Passion du Christ le panneau «INRI», « Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum », Jésus le nazaréen roi des judéens, et la couronne d'épines faite par les bourreaux et placée sur la tête de Jésus.



Dans le village
A l’intérieur du village, pour l’essentiel, on ne se déplaçait – et on ne se déplace toujours – qu’à pied : des ruelles souvent étroites et en pente limitent les mouvements, et si les pavages irréguliers de galets ont presque tous disparu, persistent d’innombrables escaliers adaptés aux pas des ânes et mulets plus qu’aux hommes... Les artisans maçons doivent utiliser des moyens de transports peu usuels, comme les fameux engins « Virevolte ».
Voies de communication et moyens de transport
Pour le village de Coursegoules, isolé en altitude et dans un relief tourmenté, les contraintes des communications ont toujours été un élément clé de son histoire et de son développement.





La voie romaine
L’organisation romaine n’est arrivée que très tard à Coursegoules, avec l’édification vers le IVème siècle de notre ère de la Via Ventiana, qui reliait Vence à Castellane. Il s’agit de la dernière voie romaine tracée dans la région avant l’époque de la « décadence ». Elle avait pour but de « pacifier » la région et de faciliter le commerce avec l’arrière-pays. Avec le déclin de l’influence romaine, le grand axe de la Via Ventiana fut progressivement abandonné. Les populations, privées de leurs contacts avec les ports de la côte, durent alors subsister par leurs propres moyens et durant des siècles, le village vivra en autarcie.


Les chemins
Les déplacements des hommes et des marchandises, depuis les bastides situées à l’écart jusqu’au village, ou d’un lieu de culture à l’autre, se faisaient à pied ou à dos de mulets. Il en était de même pour les rares communications avec les autres villages et avec la « ville ». Chacun à son tour devait donner un peu de son temps pour l’entretien des chemins principaux ; il y avait celui de Vence, celui de Bézaudun, celui de Roquesteron, celui de Saint-Barnabé… Au XVIIIème siècle, le recensement destiné aux impôts permet de dénombrer deux cent vingt-trois mulets, chevaux et poulains.



L’isolement
Mais l’isolement était certain durant toute la mauvaise saison : à l’occasion d’une visite de Mgr Godeau, qui eut lieu en plein hiver, vers 1660, on lui dit que depuis deux ans, quatre vieillards étaient morts sans avoir pu recevoir les Sacrements et de même, quelques petits enfants étaient morts « dans le transport qu’on en faisait dans la paroisse de Coursegoules, attendu la rigueur du temps et la difficulté des chemins tout couverts de neige pendant l’hiver entre les paroisses de Tourrettes et de Coursegoules ». Parti de Tourrettes à midi, Godeau n’était arrivé à Courmes qu’à quatre ou cinq heures, « attendu les glaçons que nous avons trouvé par le chemin qui nous empêchaient de marcher et la quantité de neige qui tomba en chemin faisant ». Mgr Thomassin vint lui aussi à Courmes. On lui dit que les gens allaient entendre la messe à Coursegoules « excepté l’hiver où la neige bouche les chemins », que d’autres mouraient sans confession, « les enfants sans baptême, qu’un de ceux-ci a péri de froid dans le sentier de Coursegoules, que les cadavres étaient conservés longtemps dans les maisons, que lorsqu’on pouvait les porter à Coursegoules, à cause des neiges, ils ne pouvaient passer sans beaucoup de danger, et en portant les corps, sont le plus souvent obligés de les laisser tomber dans la neige et à grande peine on les peut par après tirer ». Un peu plus tard, l’évêque Bourchenu « est obligé de se réfugier à la nuit dans une grotte entre Courmes et Coursegoules, attendu le double danger de l’orage et des loups ».


Des déplacements difficiles
Cet isolement durera jusqu’au début du XXème siècle, époque du développement des moyens de communication et de transport. Encore au début du XIXème siècle, Joseph Isnard se souvenait être allé à pied à la foire de Castellane. En 1870, Célestin Clavel allait à pied de Roquesteron à Coursegoules, de Coursegoules à Cipières, puis de Cipières à Courmes et enfin de Courmes à Coursegoules avec son baluchon de colporteur. Avant 1945, Josette Trastour allait de même faire l’école à Saint-Barnabé en passant par le Trépaut et Angèle descendait quotidiennement de la ferme de Viriou jusqu’à l’école de Coursegoules, puis remontait avec le pain et le vin. Encore dans les années 60, Marie Trastour allait ramasser les pommes de terre dans les terrains de la Saume sur son cheval Coquette, assise « en Amazone », avec son tricot entre les mains.



Le temps de la diligence
Le désenclavement du village s’est fait progressivement, avec la « route du col de Vence », que l’on appelle aujourd’hui « l’ancienne route », qui permettra dès 1880 le passage de la diligence et dont l’arrivée jusqu’au village fera de la place de la Combe le centre névralgique du village. En 1910, aller de Nice à Coursegoules, c’était encore l’aventure. On prenait d’abord le train des pignes, qui faisait Nice-Draguignan, jusqu’à Vence. La diligence attendait devant le café de Merle, juste en face de la fontaine qui marque le début de la montée vers le col de Vence. On l’appelait la diligence mais ce n’était pas une vraie : elle en avait la cage en bois mais n’était tirée que par deux mules. Malles et valises étaient hissées à grands coups d’épaules sur le toit de la voiture. On partait du café Merle vers sept heures et demie le soir, pour pouvoir arriver à Coursegoules vers minuit. Souvent, il y avait beaucoup de neige et le traîneau chasse-neige fonctionnait à plein. Il était tiré par deux chevaux qui avaient parfois de la neige jusqu’au poitrail.

Le temps des autocars
A l’est, le chemin du Colombier, qui longeait l’ancien canal de l’eau et conduisait au cimetière, ne rejoindra la route principale, via les « gites ruraux » du Brec, que dans les années 60. La route goudronnée, sur son trajet actuel, au flanc du vallon de Vescagne, commencée en 1940, est ouverte en 1945. Elle permettra l’accès des automobiles et le développement des transports en commun. Un des premiers véhicules à moteur sera celui de M. Causse qui s’occupera de transporter à la demande marchandises ou passagers. Mais c’est surtout le temps des transports en car, avec tout d’abord ceux de M. Jean Blanc puis les célèbres autocars d’Alphonse Trastour, qui sillonneront la région, transportant les voyageurs locaux, les collégiens et les premiers touristes. La ligne régulière, jusqu’à la gare de Grasse, assurera la continuité avec les transports ferroviaires. La première difficulté de conduite sera déjà au virage du Brec, qu’il faudra prendre en plusieurs fois, sans direction assistée, en se mettant debout pour manœuvrer l’immense volant.








Le courrier
Quant au courrier, pendant bien longtemps, il n’arrivait qu’exceptionnellement, pour les impôts ou les levées de troupes. Avec l’arrivée des « facteurs », tout change, pour le meilleur et pour le pire. On raconte l’histoire d’un fermier du Pré de Marthe qui s’était abonné au journal uniquement pour faire venir chaque jour la factrice jusqu’à la ferme, c’est-à-dire deux bonnes heures de marche, et qui ne lui ouvrait pas la porte et n’offrait même pas un café quand il avait plu ou neigé en chemin…
Les câbles
Autre moyen de « transports », les câbles servaient au déplacement du charbon de la mine de Vescagne, sur plus d’un km, mais aussi plus humblement pour transporter le foin, le migon, le bois, le charbon de bois ou la lavande, comme ceux de Viriou, de Vespluis, ou entre la ferme de Berengier et la place du village.


En quelques lignes, l'histoire de Coursegoules
Et tout d'abord...
Voici un court résumé d'une longue histoire... Pour en savoir plus, plongez-vous dans la lecture de "Coursegoules, le temps des veillées" et "Coursegoules : Histoire et histoires" (éditions Serre)


Une occupation dès la préhistoire
Terre dure, terre âpre, mais terre à l’échelle humaine, Coursegoules conserve le souvenir d’une occupation humaine très ancienne. Les premiers habitants qui aménagèrent grottes et « abris sous roches », jusqu’à l’époque du « premier fer » ou Hallstatt, ont laissé quelques traces. On relève la découverte de haches polies sur Coursegoules et Courmes.
Les camps « celto-ligures »
Les premières traces importantes de l’activité humaine sont liées à l’élevage.
Les populations coursegouloises d’alors sont dites « ligures » ou « celto-ligures ». Ils savaient travailler le bronze et le fer, cultiver l’orge, le seigle et le lin et élever les moutons. Ces premiers Coursegoulois pratiquent un système d’élevage en parquant la nuit les moutons dans des enceintes, à la fois parc pour le bétail et système défensif pour les hommes. On les baptise généralement « camps celto-ligures » ou « castellaras ». Nous en avons dénombré une trentaine sur un territoire qui englobe également les communes actuelles de Courmes, Gréolières et Bezaudun.
La période romaine et la Via Vintiana
Coursegoules reste en dehors de l’influence directe des occupants de la Côte, Grecs ou Romains qui organisent le pays conquis depuis Cimiez. Les Romains considèrent notre région comme un simple passage indispensable vers la La Provence puis l’Espagne. De Vence partira alors vers le IVème siècle après Jésus Christ une des dernières ramifications de l’empire Romain. Cette voie, dénommée « Via Vintiana » sera la route officielle entretenue par la puissante administration de l’Empire avant sa décadence. Elle est bordée de bornes milliaires indiquant les distances (le Mille romain valait 1482 mètres). Elle passe par le Col de Vence avec une carrière d’extraction de bornes encore visible le long de la route actuelle.
Une nouvelle organisation
Cette voie romaine, elle-même sur le tracé d’un plus ancien chemin, fut longtemps la voie d’accès principale pour aller à Coursegoules et aboutissait au village en montant par le quartier du Brec.
L’organisation sociale s’est alors profondément modifiée. On assiste à une certaine sédentarisation des Coursegoulois. On peut décompter plus d’une centaine d’habitants à l’Autreville et de nombreux sites se multiplièrent à Saint-Michel, à Viriou, au Baou de Saint-Jean et à la Serre de la Madeleine.
Les invasions barbares, la féodalité
Les troubles et les violences qui s’expriment durant ces périodes entraînent le regroupement des populations en un seul lieu avec des habitations rassemblées autour du château et de l’église. On trouve mention d’un « Castrum Corsegolis » en 1232. Le village se ceinturera d’un rempart qui ne sera définitif que vers la fin du XIVème siècle.
A partir du XIIème siècle va se former une cellule villageoise qui s’organise en quasi-autarcie jusqu’au XIXème siècle.
Le pouvoir se partage dès lors entre les seigneurs et l’Eglise.
Le pouvoir féodal : la protection des Seigneurs de Villeneuve
La communauté atteint dès le XIIème siècle une dimension importante sans avoir de réelle protection féodale puissante. Elle fait alors l’objet des convoitises de la famille des Villeneuve. De Romée à Scipion de Villeneuve, douze seigneurs se succéderont comme « propriétaires » de Coursegoules de 1226 à 1620.


La parenthèse Espagnole
La guerre entre François Premier et Charles Quint entraîne l’occupation Espagnole de toute la Provence de 1524 à 1536. Coursegoules sera sous dépendance espagnole durant toute cette période.
Coursegoules, ville royale
Les activités politiques et guerrières des Villeneuve ayant coûté fort cher, les créanciers poursuivent les héritiers de Claude de Villeneuve. Les Coursegoulois proposent au roi Louis XIII un contrat stipulant que leur village serait racheté par les habitants et offert au Roi contre la modique somme de douze mille six cents livres « et en un seul payement ».
La vie quotidienne ne changera pas et l’organisation municipale restera calquée sur celle adoptée depuis le Moyen-âge, et restera stable jusqu’à la Révolution.
Louis XIII donnera également aux Coursegoulois le droit d’avoir, moyennant finance, un blason. Il fallut également acheter une devise, agréée également par le Roi.
Les Coursegoulois proposèrent : « Buon renoun passo riquesso », la renommée est plus importante que la richesse.
Le pouvoir ecclésiastique
A côté de la soumission seigneuriale puis royale, les évêques et leurs représentants permanents, le curé et son adjoint le vicaire, partagent le pourvoir politique et économique en complément d’une autorité religieuse absolue.
Coursegoules a eu la chance d’avoir trois évêques gens de lettres du siècle des lumières, dévoilant dans les comptes rendus de leurs visites ces détails de la vie quotidienne qui fournissent le vrai relief de notre histoire : Mgr Flodoard Moret de Bourchenu, Mgr Louis de Thomassin, et surtout Mgr Antoine Godeau, qui après avoir été membre de l’Académie française lors de sa création avait été nommé évêque à Vence.
Une administration inchangée : l’organisation consulaire
La région est divisée en sénéchaussées et vigueries.
Coursegoules dépend de la sénéchaussée de Grasse et de la viguerie de Saint-Paul-du-Var (qui deviendra Saint-Paul-de-Vence) pour les actes administratifs et du Diocèse de Vence pour le pouvoir ecclésiastique.
La Révolution et l’Empire
L’arrondissement de Grasse, dont dépend Coursegoules, participe activement aux réformes révolutionnaires. Le 15 janvier 1790, l’ancienne division provençale en Viguerie et Sénéchaussée est abolie et remplacée par les départements. Coursegoules fera partie du département du Var (Nice et son Comté ne seront annexés à la France qu’en 1860).
La famille Grimaldi d’Antibes installée au village depuis plusieurs générations et alliée à la famille des Villeneuve quittera le village et l’on effacera jusqu’à sa trace dans les documents communaux malgré qu’Alexandre de Grimaldi ait été un premier consul apprécié et le parrain de nombreux petits Coursegoulois.
La Restauration, le deuxième Empire, et le tournant de 1845
Avec la Restauration de 1815, Coursegoules retrouve son titre de Ville Royale… ce qui ne change en rien son organisation séculaire. La prospérité économique se retrouve sous le second Empire. Les greniers sont gorgés de récoltes, le village produit ses étoffes, et les artisans soignent leurs ouvrages.
Avec le rattachement de Nice à la France en 1860, Coursegoules fait parti du département des Alpes-Maritimes et non plus de celui du Var, et plusieurs événements vont changer définitivement le cours de son histoire :
- une nouvelle entrée « carrossable » pour le village avec la destruction du rempart,
- l’ouverture d’une nouvelle route qui, passant du col de Vence à Coursegoules par le Trépaut, remplacera l’ancien chemin muletier qui passait par le Collet de Pater Noster depuis l’époque romaine.
- l’apparition des « touristes », et l’ouverture à Coursegoules du premier établissement hôtelier de qualité, l’Hôtel Raimond, dès la fin du XIXème siècle.

Destruction du rempart
Le rempart qui fermait le village entre l’église et la mairie depuis le Moyen-âge est démoli en 1846. Cette ouverture du village vers l’Est permet de transformer les granges de la Combe en maisons bourgeoises qui abriteront dorénavant la place principale du village, prolongée par une belle allée de tilleuls jusqu’à la place Neuve qui s’ouvre sur la nouvelle route vers Vence.
Décroissance démographique
Cette époque d’un village en pleine maturité masque un début de décroissance démographique important. Pour la première fois depuis le moyen-âge, le nombre de décès dépasse le nombre de naissances en 1845. Le village qui comptait plus de huit cent cinquante habitants au XVIIIème siècle n’en dénombre plus que six cents.
Outre cette population vieillissante, plusieurs facteurs viennent accentuer la décroissance d’un village apparemment en pleine évolution :
- La fièvre jaune de 1850.
- La guerre de 70 éloigne les jeunes du village et certains n’y reviendront plus.
- Les guerres de 14-18 et 39-45 viendront accentuer cette tendance démographique, et le nombre d’habitants passe à 138 lors du recensement de 1968. Même l’école est alors menacée de fermeture.
La guerre de 1914-1918
Dès 1915, Coursegoules verra disparaître onze de ses enfants sur les soixante-cinq habitants de vingt ans et moins que compte alors le village.
A ces morts gravés dans la pierre de l’église et du cimetière, il faudrait ajouter ceux, oubliés, de la grippe espagnole qui fit en quelques mois autant de morts que quatre années de guerre.

La guerre de 39-45
La « drôle de guerre » (septembre 1939 - juin 1940)
Coursegoules, en cette année 1940, connaît la guerre sans la vivre jusqu’à l’arrivée de l’armée française.
Un premier contingent de cent cinquante hommes arrive dès le 4 mars 1940 à Coursegoules et les officiers prennent pension dans les hôtels. Les hôtels ne suffisant plus, ils commencent à occuper les maisons vacantes. Aussi, les Coursegoulois restés au village écrivent rapidement aux familles installées à Nice pour leur travail de remonter le plus vite possible pour occuper leurs biens avant qu’ils ne soient réquisitionnés.
Le temps de l’occupation
Jusqu’en 1942, Coursegoules comme tout le reste du département reste en « Zone Libre » sous le gouvernement de Vichy.
Après le débarquement en Afrique du Nord, le département sera d’abord occupé par les Italiens, puis en 1943 par les Allemands. Le village restera à l’écart matériel de cette occupation. Mais la crainte de l’enrôlement forcé dans le « Service du Travail Obligatoire », incitera les jeunes du village à constituer un réseau de « résistants », organisé en relation avec les « réfractaires » niçois. Au moment des parachutages de vivres et d’armes par l’armée américaine, ce sont eux qui iront chercher et cacher les containers dans les grottes de Saint-Barnabé, de Niron, ou à Viriou.
Le temps des restrictions et de l’entraide
Le département des Alpes-Maritimes connaît des restrictions alimentaires. Coursegoules n’est pas à l’écart de ces difficultés mais a la chance de posséder des jardins potagers, des vaches, et des moutons.
Nombre d’anciens Coursegoulois habitant en ville quittent Nice pour revenir au village avec en priorité femmes, enfants, et retraités.
C’est la belle histoire d’une véritable entraide sans publicité où chaque famille coursegouloise accueillera un ou plusieurs enfants de la ville. Le nombre d’enfants à l’école du village passe d’une dizaine à plus de trente-cinq.

La Libération
Après le débarquement du 15 aout 1944, les alliés libèrent Cannes puis Grasse. Les FFI du maquis de Beuil-Valberg descendent alors vers Vence en passant par Coursegoules le 17 aout. Le 27 aout, les troupes américaines arrivent à Vence et un détachement monte jusqu’à Coursegoules qui sera ainsi libéré… avant Nice.
Une reprise économique difficile
Les festivités terminées dans le département et les alliés partis, le ravitaillement ne s’améliore pas et la reprise économique ne se manifeste guère. Les cultures de blé redémarrent durant quelques années, mais l’activité économique reprenant sur la Côte, de nombreux jeunes descendront chercher du travail « en ville », et l’activité « touristique » de restauration remplacera pour bonne part l’activité agricole.
L’après-guerre, le tournant des années 60
Tout manque alors dans les Alpes-Maritimes, et la mine de charbon de Vescagne sera rouverte, avec un premier coup de pioche donné par le préfet lui-même. La « Mine » procurera du travail à de nombreux Coursegoulois, Vençois et habitants de Bézaudun jusque dans les années 50.

Un nouveau tourisme
Avec la création d’un camping, la généralisation du déplacement automobile, la création dès 1961 du parc de loisir Tintinville, le phénomène touristique se développe dès le début des années 60.
Les restaurants vont mettre à disposition des promeneurs et estivants des productions qui se voudront traditionnelles
A partir des années soixante s’amorce une forte accentuation du mouvement de résidences secondaires. On passe du tourisme hôtelier de passage vanté par les cartes postales dès 1900, ou les dépliants touristiques du Syndicat d’initiative en 1926, au tourisme de résidence. Le Niçois sait qu’il faut quitter Nice l’été pour trouver « le bon air ».
La transformation du paysage
Cette nouvelle croissance entraîne une transformation radicale du paysage.
- Après l’ouverture des remparts en 1846, le village poursuit son ouverture vers l’est. La municipalité construit en dehors du village historique les « gites ruraux » du Brec qui seront occupés pendant les fins de semaine, les congés scolaires et les « grandes vacances ». Ce mouvement s’amplifie avec la construction des premières villas, et la création de Tintinville et du « Parc du Cheiron ».
- La nouvelle route après le col de Vence ouverte en 1940, ou celle des gorges du Loup pourtant toujours dangereuses compte tenu de la vigueur des pentes et de l’ampleur des gorges.
- Les cultures des céréales ralentissant, les moutons, jusqu’alors parqués dans les enclos, interdits de pacage dans les bois et les cultures au XIXème siècle, retrouvent une civilisation pastorale qui s’était maintenue dans le temps mais modifiée dans l’espace. Une forêt à dominante de résineux envahit les planches bâties principalement au cours des XVIIIème et XIXème siècles.
La fin des sources
Dans un relief tourmenté, on oublia au début des années 60 des siècles d’utilisation des sources.
On acheta l’eau civilisée et stérilisée de la Gravière, ce qui marquera la fin d’une utilisation depuis le Moyen-âge des eaux de Saint-Michel. On oublie aussi peu à peu la source de Viriou, qui desservait le village par un canal de plus d’un kilomètre permettant de distribuer l’eau au village par un simple réseau gravitationnel aux trois points du village : la fontaine de la Combe, l’extrémité de la place du Verger, et les bassins du Plan tout en remplissant la nuit la citerne du château seigneurial. Avec la construction en 1906 d’un bassin communal au-dessus du cimetière, l’eau de Viriou desservira en plus les lavoirs et quelques bornes-fontaines « Bayard » à tourniquet.


Une mutation socio-économique profonde
Epidémies et guerres ont fait passer le village de plus de cinq cents habitants au milieu du XIXème siècle à cent trente-huit en 1968.
Avec la fin de la période du blé, l’arrêt de la culture du chanvre, un réseau de circulation plus rapide mettant le littoral à la portée des citadins, profitant du début des « trente glorieuses », Coursegoules voit s’effacer plusieurs siècles d’histoire en quasi-autarcie.
La fin des années 60 marque le nombre le plus bas jamais atteint d’habitants vivant au village. Après le départ du notaire ou de la gendarmerie, on craint même un temps devoir fermer l’école, et les 138 personnes officiellement recensées cachent la mort hivernale du village.
Vers un renouveau
Le tout début des années 70 confirmera l’inversion de cette tendance, le désir de quelques jeunes de « vivre au pays », l’arrivée d’un nouveau « Comité des fêtes » relançant une vie communale, et le départ d’un repeuplement réel et d’activités nouvelles.
Coursegoules dépasse en 2025 cinq cent quarante-cinq habitants.
Tout un passé qui appuyait ses références sur le monde de la terre et la solidarité s’est transformé en quelques années.
C’est à chaque Coursegoulois, résident permanent ou temporaire, d’en prendre conscience aujourd’hui pour choisir sa part de responsabilité dans ce qui sera la vie au village au XXIème siècle.
Ce sera l’objet d’un tome trois de « Coursegoules au temps des veillées » … qu’une autre génération à qui nous faisons entièrement confiance aura la responsabilité de transmettre à son tour.



Restauration d’un tableau du XVIIIème siècle, « la délivrance des âmes du purgatoire », dans l’église Sainte-Marie Madeleine, classée aux monuments historiques depuis 1928
A la suite d'une visite de Mme Brigitte Mandrino, Conservatrice des Antiquités et Objets d’Art, de M. Jérôme Bracq, chef du service Patrimoine au Conseil Départemental, et de l’architecte des bâtiments de France, pour examiner les objets mobiliers de l'église paroissiale, il a été décidé la restauration prioritaire d’un tableau « la délivrance des âmes du purgatoire » pour sa valeur artistique et historique.
Cette peinture, de belle facture et de grand format se situait au-dessus de l'autel latéral sud, enchâssée dans un retable de stuc constitué de deux pilastres engagés couronnés de triangle avec ossements (crâne et tibias).
Elle reste le seul témoignage pictural des siècles passés après le vol malheureux du panneau de Louis Bréa en 1999. Le Département a offert 80 % des frais de restauration. Avec un concert offert par la Compagnie So What et 30 dons, la Fondation du Patrimoine a complété à hauteur de 10 %, et la Caisse locale de Crédit Agricole de Vence à hauteur de 5%. Le reste étant à charge de la commune.
Son intérêt patrimonial et artistique permettra de la proposer en vue d'une protection aux Monuments Historiques.
Première étape en images, démontage et transport vers l’atelier de restauration.
Visite à l’atelier ARTICUCI, à Tourrette Levens, le 18 novembre 2025.
Petit miracle des « âmes du purgatoire » (!), la restauratrice a retrouvé des traces de dessin dans le bas du tableau. Il s’agissait tout simplement des flammes de l’enfer. Il pourra ainsi être reconstitué.
Le travail est bien entamé.
Après avoir recouvert la peinture avec de la toile de papier japon et de la gaze, la trame arrière de la toile en lin a pu être restaurée et renforcée par endroits, puis l’œuvre a été déposée sur un châssis neuf.
Le tableau est maintenant rentoilé et « mis en tension » sur son nouveau châssis. La peinture a été nettoyée de son vernis ancien, dégraissée, retouchée et partiellement revernie.
Il restera à finaliser les retouches du bas puis le vernis définitif. Le cadre est également nettoyé et traité.
Luc Thevenon, Conservateur en chef du patrimoine présent lors de cette étape, estime que la valeur de ce tableau pourrait lui permettre d’être inscrit au patrimoine par la DRAC.
Deuxième étape : la restauration est en marche.


Devant le tableau en cours de restauration et de gauche à droite,
Marie Pierre David, Alex Benvenuto, Carolina Ferrara, Milhella Articuci, Luc Thevenon, Sylvie de Galleani, Valerie Allasia.
Milhella Articuci devant son travail.
Troisième étape : le retour au bercail
Début janvier 2026, le tableau est revenu de l'atelier de restauration Articuci. Il a retrouvé sa place dans l'Eglise Sainte Marie-Madeleine...
C'est le 17 janvier qu'a eu lieu la cérémonie de restitution, en présence des habitants, de la Municipalité et du Chanoine Daniel Brehier.





Le descriptif du tableau

Le retable et le tableau
Ce tableau du XVIIIe siècle, s’inscrit dans la tradition baroque provençale et témoigne de l’influence de grands maîtres tels Rubens ou Fragonard. Exposé au-dessus de l’autel latéral sud, il s’agit d’une huile sur toile de grandes dimensions (2,50 m sur 1,90 m), enchâssée dans un retable en stuc, flanqué de deux pilastres surmontés d’un triangle orné d’ossements. Il évoque la mortalité humaine et le passage vers l’au-delà, rappelant aux fidèles la réalité de la condition humaine et la nécessité de la rédemption.
La composition picturale, typique du style baroque, se déploie autour de la délivrance des âmes du purgatoire. Au centre, un ange intervient pour guider les âmes vers la lumière, sous le regard bienveillant de Dieu le Père. Celui-ci est représenté assis sur les nuées, baigné d’une lumière divine qui émane de l’Esprit Saint, symbolisé par une colombe. Le geste de Dieu, tendant le bras dans une attitude de bénédiction, indique le chemin du paradis où les âmes purifiées sont attendues.
Autour de Dieu le Père, on note la présence de quatre séraphins aux visages enfantins Ils sont associés à la pureté et à la proximité immédiate de Dieu. Ils maintiennent les nuées ouvertes, permettant à la lumière céleste de se diffuser vers les âmes. À leurs côtés, trois angelots, participent au mystère céleste. Leur apparence juvénile et leur rôle de messagers renforcent l’atmosphère sacrée et la douceur de la scène, offrant une dimension rassurante aux spectateurs dans le haut du tableau.
À la droite de Dieu, la Vierge Marie tient l’enfant Jésus dans ses bras. Tous deux sont représentés en intercesseur : ils prient et intercèdent en faveur des âmes du purgatoire, illustrant le rôle central de la dévotion mariale au XVIIIe siècle. À gauche, un ange porte un ciboire rempli de vin, symbole du sang du Christ versé pour le salut de l’humanité. Dans sa main droite, il présente l’hostie, rappelant la présence vivante du Christ lors de l’Eucharistie, célébrée pendant la messe en mémoire du dernier repas partagé avec les apôtres.
La symbolique du purgatoire
Après avoir exploré la composition picturale, il convient de s’intéresser à la symbolique profonde du purgatoire telle qu’elle est représentée dans cette œuvre. Le personnage central de l’ange, majestueux et aux ailes déployées, incarne traditionnellement l’archange Saint-Michel. Le purgatoire, souvent représenté par des flammes proches de celles de l’enfer, s’en distingue par sa fonction : il accueille les âmes des défunts en état de grâce, nécessitant une purification avant d’accéder au paradis. Les âmes, habituellement invisibles, sont ici figurées sous forme corporelle, en lien avec le péché.
Parmi elles, une femme à la longue chevelure ondulée, en prière, évoque la figure de Marie-Madeleine, symbole de la pénitence et patronne de la paroisse.
Le pécheur tenu par la main par Saint-Michel pourrait, selon la tradition du XVIIIe siècle, faire référence au donateur du tableau et du retable en le tirant vers la voie céleste.
La doctrine du purgatoire
D’un point de vue doctrinal, le purgatoire est reconnu par l’Église catholique depuis le deuxième concile de Lyon en 1274. En 1336, le pape Benoît XII définit la vie après la mort en trois catégories : le paradis, l’enfer et le purgatoire, ce dernier étant une « punition temporelle ». Au XVIIIe siècle, la Vierge Marie est vénérée comme Reine du purgatoire, et les messes pour les défunts, les actes de pénitence et les œuvres d’aumône sont encouragés pour la rédemption des âmes.
La représentation du purgatoire dans l’art et la littérature est riche et évolutive. On la retrouve dans Les Très Riches Heures du Duc de Berry (frères de Limbourg), Le Couronnement de la Vierge d’Enguerrand Quarton, ou encore chez Rubens. Dante, dans La Divine Comédie, consacre une partie entière à une interprétation poétique et morale du purgatoire. Plusieurs tableaux sur ce thème sont également conservés dans la région, illustrant la vitalité de ce sujet dans l’iconographie religieuse locale.







